La Baie des Croyances...

Publié le par Lady Angel



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Ca faisait un bail qu'elle n'y avait pas mis les pieds. Par négligence. Le vieux vélo était resté collé au mur de la grange et elle ne l'avait pas bougé depuis des mois.
Elle avait découvert cet endroit un jour de mai alors que la Galurette l'avait entraînée dans un de ses périples.
Elles étaient parties à l'aube et avait passé les premières lumières de Saint Gildas avant que le soleil ne passe la cime des arbres. Elles s'étaient amusées à allonger le pas pour voir laquelle des deux marcheraient la plus vite. La Galurette était fripée, certes, mais elle avait la guibolle encore leste et ne s'en était pas laissé conter sur la jeunesse de Nan. 
Elle avait piqué la dernière épingle dans sa coiffe et réajusté le noeud de son grand tablier noir avant de lancer à la gamine : "Ti viens ti la môme?"
Elle avait le profil taillé aux embruns et le sourire timide, la vieille, mais Nan savait l'émouvoir avec son rire de grande gosse.
La Galurette l'avait menée sur le chemin côtier à l'heure où la lande n'est pas encore rosée. Le froid du large lui faisait rentrer le cou dans les épaules et resserer le châle sur ses épaules. Elle lui avait montré Belle-Ile au loin et le phare de Ter-Men. Un petit point au loin que Nan voyait à peine. Elle avait dit "oui" pour ne pas vexer la vieille mais n'y avait rien vu. 
La brume enveloppait  la côté et l'herbe humide dormait pour quelques heures encore sur les flancs des falaises. Nan regardait au loin, comme tant de femmes venues ici. 
La Galurette lui raconta combien on prêtait à cette baie des légendes insensées. Combien de femmes, meurtries par des années d'attente avaient sombré dans la folie croyant au matin entendre au son des flots et des rafales la voix de leur défunt mari appelant au secours. Elles en voulaient aux calfats qui devaient veiller à la coque, aux vents d'Ouest malfaisants qui vous brisaient la mature. Elles en voulaient au capitaine qu'avait fait embarquer leur marmot, le dernier, le préféré, celui qu'aurait pas du mourir.
On disait qu'elles revenaient là, guettant l'ombre de la grand'hune et qu'elles se jetaient à l'eau quand le vent hurlait dans la nuit.
Ca faisait un bail qu'elle n'y avait pas mis les pieds. Un peu par négligence et beaucoup par superstition. Les croyances des autres faisaient sa propre crainte. Titouan ne serait pas marin, son bâtiment c'était son phare, elle y croyait dur comme fer, elle y croyait vraiment...
Le jour se levait sur Kermany, Nan s'allongea aux côtés de la Galurette. Les mains derrière la tête elle contempla le ciel. Non, il ne serait pas marin ...enfin pas tout à fait...
 

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Le métier du Calfat conciste à filer un cordon régulier d'étoupes qu'il refoulera à l'aide de son outil entre les lattes de bois de la coque (= coutures) pour en assurer la totale obturation.
Photo prise dans le Morbihan en Mai 2009 :"Presquîle de Rhuys"

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Fancri 20/07/2009 14:44

Jolie calanque bretonne!
bonnes vacances en Bretagne!

Christine... 02/06/2009 15:05

Je suis rassurée, tu as eu un temps sublime !! Tu dois avoir les joues roses ce matin !!
L'étoupe est un matériau précieux sur un bateau ... même s'il n'est pas en bois, il y a toujours un endroit à protéger des infiltrations comme l'arbre à hélices par exemple !!
Bon courage pour la semaine ..... qui va se terminer en beauté ... c'est mon petit doigt qui me l'a dit ;-) !!
Gros gros bisous ma belle Lady !!

Sylviane 02/06/2009 05:30

Et je viens d'un seul coup grâce à toi de faire un fabuleux voyage vers la Bretagne et ses légendes... Je vois que ton petit voyage aura été une belle source d'inspiration.
Gros bisous ma puce, Syl

mamiekeke+++:0027: 01/06/2009 23:36

Alors là si on clique c' est vrai qu' on y est et c' est très beau comme paysage , mais je n' y habiterai pas longtemps , trop désert pour moi , mais pour la promenade OUI.

Gros bisous marseillais à toi et à bientôt .

RENEE (mamiekéké).